Le Sommeil du Jongleur
Il y a quelques temps, j'ai perdu une amie d'enfance. Je la connaissais depuis le primaire, et on avait été ensemble en cinquième au collège. Puis elle avait déménagé à l'entrée au lycée, et je l'avais perdu de vue... Jusqu'à ce jour où j'ai appris qu'elle avait disparu, il y aura bientôt deux ans. Les recherches ont duré des mois. Etait-ce une fugue, ou bien un enlévement ? Non... Son corps a été retrouvé en forêt, par hasard. Anaïs s'était suicidée... J'ai été très touché par cette nouvelle. Sa mère nous a envoyé des poèmes écrits par Anaïs. Je les ai repris et intégrés dans une chanson avec l'aide de DJ. Cette chanson a maintenant un peu plus d'un an d'existence. Mais ce n'est pas ce texte que je vous mets ici. Le week-end dernier, j'ai fait la connaissance de Bruno Ruiz, chanteur-poète. Après le déjeuner, il a voulu écouter cette chanson. Elle l'a beaucoup touché. Et il m'en a fait écouter une de son dernier album. Dire qu'elle m'a beaucoup touché serait un euphémisme. Je vous retranscris le texte. Que je me permets de dédier à Anaïs...

Le Sommeil du Jongleur
Ils ont pendu leur trop courte existence
A tout l’ennui qui reste, à nos douleurs
Ils ont choisi, malgré notre souffrance
Le seul sortir qui arrête les heures
Qu’avons-nous dit, que n’avons-nous compris
De leurs ailleurs, des signes illisibles
Même en plein jour, ils vivaient dans leur nuit
Qu’avons-nous su de leurs pensées terribles
Ils sont partis, sans nous dire pourquoi
Nous ont laissés, si seuls, les bras ballants
S’en sont allés, était-ce bien leur choix
Qu’avons-nous fait pour qu’ils restent vivants
Et toi qui pleure de n’avoir su entendre
Ces mots cachés dans les mots du silence
Il est des cris qui jonglent sans comprendre
Qui a le droit de juger ton absence
Ils sont partis pour mieux rester en nous
Pour que jamais ne s’effacent leurs rires
Nous étions là, et eux si loin de tout
Nous resterons, au nom du souvenir
Car nous portons l’éternité des morts
Comme un cadeau de mémoire vivante
C’est pour cela que certains doutent encore
Qu’il y ait un dieu dans tant d’incohérence.
Le Sommeil du Jongleur (Bruno Ruiz)